L’engagement des lions jusqu’où ?
Certains Lions se demandent, en toute bonne foi, si l’appartenance au Lionisme n’exclut pas l’action politique dans le cadre du Club, et a fortiori au niveau des instances nationales et internationales. Je voudrai les rassurer. De mon point de vue, et à condition de l’insérer dans un sincère désir de servir la communauté l’engagement politique ne devrait pas poser de problème particulier, les disputes sur ce sujet pourraient naître d’une définition imprécise des mots.
Lecture imprécise des objectifs du Lionisme, conception imprécise de la politique. La section II de l’article 2 de notre Constitution, qui définit les buts de l’Association, semble animée de deux mouvements contraires : d’une part, une invitation très pressante à être les acteurs d’une société fondée sur la compréhension entre les peuples, les principes de bon gouvernement et de civisme, le bien-être social et moral de la communauté, et à créer un forum pour la pleine et libre discussion de tous les sujets d’intérêt public, d’autre part une réserve d’importance, puisque parmi ces sujets nous devons écarter ceux de « politique partisane et de religion sectaire ». Cela voudrait-il dire que Melvin Jones et les pères fondateurs de notre Association aient voulu souffler le chaud et le froid et, après nous avoir demandé de l’audace extrême, nous imposerait la plus grande prudence?
Le paradoxe me semble levé si simplement nous mettons l’accent sur les deux adjectifs employés par les rédacteurs de notre Constitution. Quel sujet serait davantage « d’intérêt public » que la politique, ou la religion? L’une ou l’autre, l’une et l’autre conditionnent la compréhension entre les peuples, le bien être social et moral de la communauté. L’une et l’autre fournissent le critère d’un bon gouvernement, car dans la tradition démocratique imagine-t-on un bon gouvernement qui ne respecterait pas et ne ferait pas respecter la liberté politique et la liberté religieuse ? Nous ne saurions donc nous épargner de débattre sous peine de négliger ce qu’il y a de plus important sans doute dans les relations entre les hommes, sous peine de nous isoler de la société, sous peine de rejeter du Lionisme des gens de qualité, à juste titre occupés ou préoccupés de vie politique ou religieuse. En donnant aux deux adjectifs tout le poids qu’ils méritent, ne laissons pas la politique et la religion en marge de notre Lionisme, mais en revanche bannissons la politique partisane et la religion sectaire. Ce qui signifie que l’interdiction qui nous est faite n’est pas de débattre de politique, mais de le faire dans un esprit partisan, tout comme il ne nous est pas exclu de parler de religion, mais de le faire de manière sectaire. Ce que l’on peut légitimement attendre des Lions lorsqu’ils abordent ce type de sujets, c’est qu’ils le fassent avec toute la sérénité et la compréhension voulues, en admettant la diversité des opinions, pourvu bien entendu qu’elles ne heurtent pas à d’autres égards les principes éthiques de notre Association (c’est à dire la Liberté et la Compréhension entre les peuples).
Quant à la politique, on peut la comprendre de bien des manières différentes. Il y a ceux qui en font une carrière et dont l’objectif est d’être élu, avec le prestige et le pouvoir que cela confère, et ceux qui aiment prendre des responsabilités pour le mieux-être de leurs concitoyens et se dévouent à la chose publique. Il y a ceux qui exercent un mandat européen ou national, et ceux qui animent les collectivités locales. Il y a ceux qui veulent militer dans un parti et ceux qui veulent garder leur indépendance. Enfin, et c’est à mes yeux l’essentiel, il y a ceux qui situent leur action dans le cadre de la société politique, et ceux qui campent dans la société civile. A l’heure actuelle, notamment en France, il y a sans doute hypertrophie de la société civile, et bien des gens se précipitent pour avoir une once de pouvoir ; en revanche, les cadres de la société civile sont éthiques. Le poids de la politique est tel que l’on a inventé une « société civile » sur mesure, faire pour être le relais et fournir la clientèle des partis politiques et de leurs dirigeants. J’estime qu’il est urgent de procéder à un rééquilibrage, et à « faire de la politique » dans le cadre de la société civile. Pour en revenir au Lionisme, qui est au cœur de la société civile, sa noblesse est d’assurer des fonctions indispensables: de formation pour le « leadership », afin de motiver et d’assister des meneurs d’hommes exemplaires, et d’intéresser les jeunes aux missions qui les attendent, de préparation et de discussion des grands choix de société, de projection dans l’opinion publique des valeurs éthiques susceptibles de répondre aux besoins et aux attentes du monde contemporain. Si nous ne sommes pas d’accord sur l’essentiel, et si nous ne sommes pas capables de vivre et d’animer une vraie démocratie dans nos Clubs, que faisons-nous dans le Lionisme ? Personnellement je n’ai jamais eu d’état d’âme, au risque de déranger voire de déplaire. Le «lionistiquement correct» serait-il le prolongement du «politiquement correct» ? Forum
Jacques GARELLO
Directeur International 2002-2003